Nous fendons la vallée du Gier, ultime trait d'union entre Lyon et la cité stéphanoise. Le pied de Malik est toujours aussi leste. Cela ne me dérange pas car j'ai
envie d'arriver vite...sauf que deux motos bleutées apparaissent dans le rétroviseur.
- Pff...y manquait plus que ceux-là !
- Je n'ai pourtant vu aucun radar, je dis, un peu agacé, à mon pilote de chauffeur (ou l'inverse).
- Et merde !
- Ils devaient attendre sagement sur le pont de l'aire du pays du Gier et nous ont suivis ensuite.
L'index ganté de l'agent intime à Malik de prendre la prochaine sortie. Saint Chamond. Quelques hectomètres plus loin, nous nous exécutons et le véhicule s'immobilise sur le bas coté un peu plus loin. Je ne peux refreiner l'idée saugrenue que le gendarme aura une moustache et des cigales plein la bouche. Encore les stéréotypes qui me guettent. L'homme de loi approche, Malik a déjà baissé sa vitre. Le casque retiré laisse apparaître une bacchante fournie, taillée avec une infinie précision apparemment. J'ai les zygomatiques au garde à vous.
- Bonjour messieurs, gendarmerie nationale, vous savez à combien vous rouliez ?
Sa voix chante des mots fleuris d'accents circonflexes sur les « o » et les « a », de « on » et de « an » biscornus. En guise de cigales, on se retrouve avec un pur stéphanois, il ne manque qu'un mot gaga pour parfaire le tableau. On est déjà à Saint Etienne.
Malik reconnaît les faits, il sort du véhicule. Son interlocuteur lui tend une jolie douloureuse à trois chiffres.
- C'est pour moi, j'articule quand l'autre est parti.
- Tu crois que c'est parce que je suis immatriculé 69 ?
- Je pense plutôt que c'est parce que tu te prends pour Ayrton Senna...tant qu'on ne finit pas dans un mur, moi ça me va !
Malik esquisse un sourire et nous finissons notre périple dans des normes autorisées par la marée chaussée. Nous y sommes presque.
Avec tout ce protocole et le petit détour, nous avons perdu une vingtaine de minutes, il est maintenant 8 :27 . J'appelle au hasard à la Salle Jeanne d'Arc d'abord, sans grande conviction car je pense bien qu'il n'y a encore personne du festival. Marc Javel, le directeur du festival ensuite. Gimbert m'a donné son numéro. Je n'espère pas davantage de succès. Répondeur.
- Bonjour, Tom Dupuis, du magazine InOuïe. Pourriez-vous me contacter dès que possible au 06.07.08.11.06 ? Cela concerne Louise Krami ma collègue dont nous restons sans nouvelle. J'insiste pour vous dire que cela revêt une extrême importance.
Le silence est palpable. Quelques instants plus tard, avant même que nous ayons eu le temps d'échanger quoique ce soit avec Malik, la sonnerie de mon téléphone retentit. Elle n'en est que plus saisissante. Moins de cinq minutes se sont écoulées et c'est déjà Javel.
- Bonjour monsieur, Marc Javel à l'appareil.
- ‘jour.
- Veuillez m'excuser de ne pas avoir répondu tout de suite mais j'ai un tel nombre d'appels durant le festival que, je l'avoue, je filtre un peu. Qu'attendez-vous de moi exactement ?
- Je m'inquiète de la disparition de mademoiselle Krami. Elle couvrait le festival, devait me recontacter...je suis sans nouvelles depuis 48 heures.
- Je vois bien votre collègue - comment pourrait-on l'oublier ? - nous avons eu une longue discussion sous le chapiteau du Magic Mirror à propos de l'historique du festival. Elle semblait tout à fait bien.
Sans insister sur mes craintes paranoïaques, je lui demande comment joindre un proche de CynthiaHé ou Derbrac, directement. Javel m'indique les coordonnées d'un responsable de la maison de disques du groupe. Il suit d'autres artistes ici. Il conclut en me glissant qu'il reste à ma disposition et souhaite des nouvelles. Il s'interroge aussi sur le fait que nous ne voulions pas avertir la Police. Je le persuade d'attendre un peu.
Avant de composer le nouveau numéro, j'aperçois Terrenoire, la bien nommée, sur notre gauche. Saint Etienne aurait pu s'appeler ainsi. Elle porte encore les stigmates du charbon qu'on est allé chercher dans ses entrailles jusqu'à il y a peu.
- Je vais où maintenant ?
- Suis Firminy-Le Puy...à gauche...
Nous enjambons Terrenoire par un de ces nombreux ponts qui jalonnent toute cette vallée jusqu'à la Haute Loire toute proche.
- Tu m'emmènes où ? questionne encore Malik
- Ben à Sainté !
- Pff...y manquait plus que ceux-là !
- Je n'ai pourtant vu aucun radar, je dis, un peu agacé, à mon pilote de chauffeur (ou l'inverse).
- Et merde !
- Ils devaient attendre sagement sur le pont de l'aire du pays du Gier et nous ont suivis ensuite.
L'index ganté de l'agent intime à Malik de prendre la prochaine sortie. Saint Chamond. Quelques hectomètres plus loin, nous nous exécutons et le véhicule s'immobilise sur le bas coté un peu plus loin. Je ne peux refreiner l'idée saugrenue que le gendarme aura une moustache et des cigales plein la bouche. Encore les stéréotypes qui me guettent. L'homme de loi approche, Malik a déjà baissé sa vitre. Le casque retiré laisse apparaître une bacchante fournie, taillée avec une infinie précision apparemment. J'ai les zygomatiques au garde à vous.
- Bonjour messieurs, gendarmerie nationale, vous savez à combien vous rouliez ?
Sa voix chante des mots fleuris d'accents circonflexes sur les « o » et les « a », de « on » et de « an » biscornus. En guise de cigales, on se retrouve avec un pur stéphanois, il ne manque qu'un mot gaga pour parfaire le tableau. On est déjà à Saint Etienne.
Malik reconnaît les faits, il sort du véhicule. Son interlocuteur lui tend une jolie douloureuse à trois chiffres.
- C'est pour moi, j'articule quand l'autre est parti.
- Tu crois que c'est parce que je suis immatriculé 69 ?
- Je pense plutôt que c'est parce que tu te prends pour Ayrton Senna...tant qu'on ne finit pas dans un mur, moi ça me va !
Malik esquisse un sourire et nous finissons notre périple dans des normes autorisées par la marée chaussée. Nous y sommes presque.
Avec tout ce protocole et le petit détour, nous avons perdu une vingtaine de minutes, il est maintenant 8 :27 . J'appelle au hasard à la Salle Jeanne d'Arc d'abord, sans grande conviction car je pense bien qu'il n'y a encore personne du festival. Marc Javel, le directeur du festival ensuite. Gimbert m'a donné son numéro. Je n'espère pas davantage de succès. Répondeur.
- Bonjour, Tom Dupuis, du magazine InOuïe. Pourriez-vous me contacter dès que possible au 06.07.08.11.06 ? Cela concerne Louise Krami ma collègue dont nous restons sans nouvelle. J'insiste pour vous dire que cela revêt une extrême importance.
Le silence est palpable. Quelques instants plus tard, avant même que nous ayons eu le temps d'échanger quoique ce soit avec Malik, la sonnerie de mon téléphone retentit. Elle n'en est que plus saisissante. Moins de cinq minutes se sont écoulées et c'est déjà Javel.
- Bonjour monsieur, Marc Javel à l'appareil.
- ‘jour.
- Veuillez m'excuser de ne pas avoir répondu tout de suite mais j'ai un tel nombre d'appels durant le festival que, je l'avoue, je filtre un peu. Qu'attendez-vous de moi exactement ?
- Je m'inquiète de la disparition de mademoiselle Krami. Elle couvrait le festival, devait me recontacter...je suis sans nouvelles depuis 48 heures.
- Je vois bien votre collègue - comment pourrait-on l'oublier ? - nous avons eu une longue discussion sous le chapiteau du Magic Mirror à propos de l'historique du festival. Elle semblait tout à fait bien.
Sans insister sur mes craintes paranoïaques, je lui demande comment joindre un proche de CynthiaHé ou Derbrac, directement. Javel m'indique les coordonnées d'un responsable de la maison de disques du groupe. Il suit d'autres artistes ici. Il conclut en me glissant qu'il reste à ma disposition et souhaite des nouvelles. Il s'interroge aussi sur le fait que nous ne voulions pas avertir la Police. Je le persuade d'attendre un peu.
Avant de composer le nouveau numéro, j'aperçois Terrenoire, la bien nommée, sur notre gauche. Saint Etienne aurait pu s'appeler ainsi. Elle porte encore les stigmates du charbon qu'on est allé chercher dans ses entrailles jusqu'à il y a peu.
- Je vais où maintenant ?
- Suis Firminy-Le Puy...à gauche...
Nous enjambons Terrenoire par un de ces nombreux ponts qui jalonnent toute cette vallée jusqu'à la Haute Loire toute proche.
- Tu m'emmènes où ? questionne encore Malik
- Ben à Sainté !